Ce portrait est paru en mai 2007 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.
CMA et Montréalaise jusqu’au bout des doigts
Par Jean-Marc Papineau
Collaborateur spécial
« Vous héritez de l’emploi le plus difficile de la ville », s’est fait dire Andrée Perreault, en guise de bienvenue dans ses nouvelles fonctions de directrice du plan d’affaires et du budget de la Ville de Montréal, le poste qu’elle occupe depuis 2006. À ce titre, elle est responsable de la gestion et de la coordination d’un budget annuel totalisant quatre milliards de dollars.
Seulement voilà, cette CMA prête à dévoiler tous les chiffres, sauf son âge, en a vu d’autres dans sa carrière bien remplie, ponctuée de multiples virages professionnels. « J’aime le changement, résume-t-elle tout simplement. J’admets que j’ai sans doute fait plus de grands virages que la plupart des comptables. »
Tout, sauf naïve, Andrée Perreault savait, en acceptant l’offre qui lui était faite et à laquelle elle avait d’ailleurs opposé initialement un refus qui semblait sans appel, qu’elle s’engageait dans une entreprise d’une extraordinaire complexité, au moment où la métropole se trouve à la croisée des chemins sur les plans budgétaire, fiscal et financier. « Mais après plus de 15 ans à travailler dans la langue de Shakespeare, j’étais contente de revenir au français. C’est un retour aux sources », dit cette Montréalaise de naissance et de coeur.
Deuxième ville en importance au Canada, Montréal est une administration imposante qui dessert 21,4 % de la population du Québec, emploie plus de 20 000 personnes dont la grande majorité est syndiquée, et dispense des centaines de services des plus variés. Au fil des années, les gouvernements supérieurs ont transféré une foule de responsabilités nouvelles à Montréal, mais les budgets n’ont pas toujours suivi. D’aucuns, comme Andrée Perreault, pensent que l’avenir de Montréal repose sur l’accroissement de ses pouvoirs de taxation, et qu’un Montréal fort signifie un Québec fort, une profession de foi qui ne fait pas l’unanimité dans la classe politique, notamment parce que les élections se gagnent avant tout en région.
Des regrets de s’être embarquée dans une entreprise d’une telle envergure, où les contraintes financières se heurtent aux impératifs politiques? Pas du tout. Un an après son arrivée à ce poste clé du service des finances de la métropole, Andrée Perreault dresse un bilan pour Élite CMA. Un bilan positif, marqué au sceau de deux réalisations majeures : la revue des activités et le dépôt du budget 2007 de la Ville de Montréal.
Lancée en mai 2006 en préparation du budget 2007, la revue des activités, des services, des opérations et des programmes visait à centrer l’appareil administratif sur les priorités et la mission de la Ville de Montréal, à augmenter la performance organisationnelle et à dégager des marges de manœuvre financières. Cette démarche a été réalisée après cinq années plus que mouvementées au cours desquelles la ville a dû s’adapter à deux changements organisationnels d’envergure, d’abord la fusion des 28 municipalités de l’île de Montréal, puis la reconstitution de 15 d’entre elles, modifiant du même coup considérablement son modèle de gouvernance.
La revue des activités qu’a coordonnée Andrée Perreault a été un formidable moyen d’apprivoiser son nouveau terrain d’action. « Nous avons examiné pas moins de 2300 activités, services, opérations et programmes réalisés par les 19 arrondissements et les 9 services centraux de la Ville de Montréal, le tout dans une perspective à court, moyen et long terme », résume-t-elle.
Cet exercice a aussi été l’occasion d’analyser spécifiquement 42 activités ciblées en fonction de leur potentiel d’économies réalisables à court terme, ainsi que de mettre en branle trois chantiers d’amélioration de l’organisation, un portant sur la gouvernance, un autre sur le financement et le dernier sur les ressources humaines.
Au fond, il n’est guère surprenant qu’Andrée Perreault ait finalement cédé aux sirènes de l’administration montréalaise, une organisation d’une rare diversité. Son parcours académique et professionnel est en effet révélateur de l’étendue de ses centres d’intérêt depuis son plus jeune âge. Après l’obtention d’un DEC en lettres, elle suit une formation technique en météorologie et travaille dans le Grand Nord québécois durant deux ans. De retour à Montréal, elle complète en un an seulement un autre diplôme d’études collégiales, cette fois en techniques administratives, option finances, puis elle passe les six années suivantes chez Johnson & Johnson, d’abord à titre d’analyste, puis de coordonnatrice financière.
Andrée Perreault décroche son titre de CMA en 1987, alors qu’elle a commencé à travailler l’année précédente chez BCE Publitech, une filiale de l’empire BCE. « Je n’ai pas tardé à comprendre et ce, dès mon entrée chez Johnson et Johnson, qu’il fallait posséder un titre professionnel pour accéder à des postes intéressants », dit-elle. Des postes intéressants, elle en cumulera une bonne douzaine au cours de la décennie suivante chez BCE et surtout, chez Bell Canada où, entre 1991 et 2006, elle sera nommée directrice générale de différentes divisions. Rapidement, elle se bâtit une solide réputation en finances et en planification stratégique, et c’est sans doute ce qui explique le coup de cœur qu’a eu pour elle la chasseuse de têtes qui l’a finalement convaincue d’accepter l’offre de la Ville de Montréal.
Les responsabilités importantes qu’elle a assumées dans l’industrie des télécommunications ne l’auront cependant pas empêchée d’obtenir une maîtrise en administration des affaires (MBA) en 1994. Parallèlement à sa carrière, elle a aussi animé durant sept ans les sessions du Programme professionnel CMA et elle a toujours été engagée au sein de l’Ordre, dont elle a présidé le conseil d’administration (le Bureau) en 2001-2002. « Je crois à notre profession et je ne suis pas gênée de dire que c’est mon titre de CMA qui m’a ouvert le plus de portes. La décision d’animer le Programme professionnel m’est donc venue tout naturellement. C’était pour moi un formidable stimulant et un moyen d’observer de près les nouveaux courants de gestion. Par ailleurs, j’avais à donner, c’est sûr, mais aussi beaucoup à apprendre. En ce sens, le conseil d’administration de l’Ordre m’a donné l’occasion d’affûter mes habiletés stratégiques et politiques et d’enrichir mon réseau, des acquis que je considère précieux. »
Un an après son entrée en poste à la Ville de Montréal, Andrée Perreault est satisfaite d’avoir franchi la distance qui sépare l’entreprise privée et la haute fonction publique. « On recherche le profit dans l’entreprise privée, et l’équilibre dans une municipalité », dit cette gestionnaire philosophe qui, de par ses fonctions, compose harmonieusement avec les besoins des services et des arrondissements, les orientations de l’appareil municipal et le souci constant de servir au mieux les citoyens. « L’imputabilité est plus difficile à cerner dans une grande administration municipale que dans l’entreprise privée et la façon de faire ici est éminemment étapiste. »
En plus de ses activités professionnelles, cette CMA est passionnée de tennis, de piano, de pêche, de lecture et, plus récemment, …de bridge. « Beaucoup croient que le bridge n’est qu’un jeu pour personnes âgées. Et pourtant, il n’en est rien, dit-elle. C’est un jeu d’esprit et de concentration. D’ailleurs, on dit que ceux qui pratiquent le bridge ont beaucoup moins de troubles de la mémoire en vieillissant. Pourquoi plus de personnes âgées y jouent? Certainement une question de temps. »
Andrée Perreault est galvanisée par l’ampleur de sa tâche. « Il y a beaucoup à faire dans le nouveau Montréal né du mouvement de fusion et de défusion, dit-elle. Il faut commencer par revoir trois processus clés – planification budgétaire, prise de décision et reddition de comptes. Il faut aussi absolument se doter d’un système qui prenne en compte et permette d’agir sur les paramètres comptables, financiers et de gestion de la ville. Un pur défi pour un comptable en management! »
Un défi d’autant plus grand qu’il se pratique pour l’instant très peu de comptabilité analytique au sein de l’administration municipale montréalaise. Andrée Perreault le confirme sans détour: « Je pense que l’on n’a pas beaucoup investi dans l’intégration de l’information de gestion et en ce sens, je crois qu’il y a un décalage par rapport au privé. »
L’autre grand défi, selon Andrée Perreault, est de former un consensus sur ce qu’il faut pour qu’une organisation aussi hétérogène que la Ville de Montréal puisse avancer. « Moi, je crois qu’on peut changer trois choses dans une organisation: les systèmes, les gens et les processus. La première chose à laquelle je m’attaque, ce sont les processus », précise Andrée Perreault, qui a reçu un mandat de trois ans pour ce faire.
Amoureuse de voyages, Andrée Perreault rêve aussi d’aller visiter les villes de ce monde qui sont devenues des modèles. « En Europe, précise-t-elle, il y a Barcelone, qui est devenue un exemple sur le plan du développement urbain. Par contre, si on se concentre sur les indicateurs de performance et sur les aspects de gestion, les États-Unis sont une référence, tout particulièrement des villes comme Austin, San Diego et Portland. »
Logiquement, le prochain virage dans la carrière d’Andrée Perreault devrait la pousser vers la politique. À force de côtoyer des élus, ne serait-elle pas tentée de vouloir réaliser ce qu’elle n’aurait pu mettre en œuvre à titre de haut fonctionnaire ? « J’en serais la première étonnée! La politique est devenue un métier si difficile. » Andrée Perreault ne se livrera pas davantage, mais si on en juge par son parcours, elle n’est pas femme à reculer devant les difficultés…
L’autre Andrée Perreault, en quelques questions…
Le miracle qu’elle souhaiterait voir s’opérer en elle
Acquérir le don d’ubiquité, pour arriver à tout faire en même temps, sans compromis.
La chose qui lui fait vraiment peur
Andrée Perreault trouve amplement matière à s’inquiéter de l’avenir de l’humanité à voir les injustices et les conflits dont ce qu’on appelle le progrès et l’évolution n’ont pu nous débarrasser.
Ce qu’elle considère être la plus grande injustice de la vie
Le lieu de naissance de chacun, dont dépendent pour la majorité des humains le droit à l’éducation en passant par la santé, la paix et la possibilité de réaliser son plein potentiel.
La chose qui l’agace le plus dans la vie quotidienne
L’apathie dans laquelle s’enferment trop de gens.
Son trait de personnalité qu’elle n’est pas gênée d’admettre
Son désordre matériel, quasi proverbial, et qui contraste franchement avec son organisation intellectuelle.