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Ce que devrait être la comptabilité



Éric  Laflamme, FCMA

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Ce portrait est paru en mai 2006 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.

Un CMA du monde

Par Jean-Marc Papineau
Collaborateur spécial

« J'ai toujours été appelé dans des endroits où ça n'allait pas très bien, dans des usines en démarrage, en difficulté ou en redressement », dit Éric Laflamme, président et chef de l'exploitation, Amérique du Nord, de Cascades Groupe Carton Plat. Il s'agit de la deuxième division en importance de la multinationale québécoise des pâtes et papiers, avec quelque 25 usines dans huit pays, 4000 employés et un chiffre d'affaires dépassant allègrement le milliard de dollars.

Recruté comme contrôleur en 1987 et propulsé à la présidence de sa division 15 ans plus tard, voilà comment se résume la carrière météorique de ce jeune CMA de 42 ans. Éric Laflamme a fait sa marque en améliorant de façon significative la situation financière des différentes usines dont il a hérité, souvent dans un contexte économique défavorable, voire en situation de surcapacité du marché.

À la présidence d'un chef de file mondial de l'industrie de l'emballage, Éric Laflamme se débat sur de multiples fronts : développement de nouveaux marchés par l'innovation au chapitre des produits et des services, diversification de la clientèle, optimisation des usines et du service à la clientèle et réduction des coûts de fabrication. Tout cela dans le respect de l'environnement et dans une perspective de développement durable, des valeurs qui inspirent l'entreprise depuis toujours et qu'elle n'a cessé de concrétiser au fil du temps.

« Il est plus compliqué de faire des affaires aujourd'hui qu'il y a vingt ans », juge Éric Laflamme. « Les choses vont pas mal plus vite, la concurrence internationale est beaucoup plus forte, particulièrement celle des pays asiatiques, qui non seulement fabriquent mais emballent leurs produits. Et il y a aussi beaucoup plus de contraintes au chapitre des procédures de contrôle, ce qui a pour effet de museler l'esprit d'entreprise. Des contrôles, il n'y en avait probablement pas assez avant, mais maintenant, il y en a trop. Je ne suis pas certain que les actionnaires en bénéficient autant qu'on pourrait le croire car le résultat de cette lourdeur réglementaire est que les gestionnaires disposent de moins de temps pour faire fructifier l'entreprise. Il y a là de quoi réfléchir. »

Hésitant entre la comptabilité de management et l'informatique, Éric Laflamme n'a pas tranché. Il a suivi les deux formations. « Peut-être serais-je devenu président de ma propre entreprise si j'avais suivi la filière informatique », dit-il sans regret aucun. Mais si, dans son esprit, le désir d'évoluer dans l'industrie des pâtes et papiers s'est très tôt imposé, il n'a en revanche jamais rêvé précisément à la présidence d'une entreprise gravitant dans cette industrie cyclique. « Cascades était l'entreprise modèle quand je faisais mon baccalauréat en administration à l'Université de Sherbrooke, raconte-t-il. J'y ai été embauché dès la fin de mes études et les nombreux défis que l'on m'a donné l'occasion de relever m'y ont retenu. La présidence? Je n'y avais jamais songé jusqu'à mon retour au Québec. Je suis plutôt quelqu'un qui fonctionne par étape que par plan de carrière. »

Mariant l'expérience et la jeunesse, Éric Laflamme a été promu à son poste actuel en 2002, à l'âge de 38 ans. Il n'y voit là rien d'extraordinaire. « C'est dans la culture de Cascades, beaucoup de cadres supérieurs sont jeunes, souligne-t-il. Il faut dire que j'étais l'un des plus expérimentés dans le domaine du carton plat quand on m'a offert la présidence de la division. »

À peine un an après avoir été recruté comme contrôleur au siège social de Cascades, à Kingsey Falls, Éric Laflamme entame une carrière internationale qui durera 14 ans et qui le conduira dans cinq pays, sur deux continents, d'abord aux États-Unis, puis en Suède, en Belgique et finalement, en France. « Il est certain que Cascades recherche avant tout des contrôleurs ayant une formation de CMA pour ses postes de gestion, et comme il n'y a pas de programme de formation de CMA en Europe, sauf en Angleterre, il arrive souvent que l'entreprise confie à des CMA québécois la gestion de ses nouvelles acquisitions européennes », explique-t-il. Il faut savoir en effet que le profil de formation des CMA correspond parfaitement à la philosophie de gestion de Cascades, nettement axée sur le terrain et sur la participation. « Chez Cascades, le comptable n'est pas confiné à la comptabilité. Il est là où les décisions se prennent, sur le terrain et en collégialité. On lui demande de voir plus loin que les chiffres, de s'en servir pour améliorer nos processus et innover. Bref, parce que le CMA est équipé pour saisir les multiples facettes des situations que nous vivons, il peut avoir un impact tangible sur notre performance. »

Entre autres faits marquants, notre homme a mené à bien la restructuration de toutes les ventes européennes de Cascades et il a été l'initiateur de l'acquisition de l'usine allemande et de la mise en place d'un plan d'optimisation du potentiel européen de Cascades. Tout cela sans avoir visé une carrière internationale. « J'étais tout simplement prêt à aller n'importe où, dit Éric Laflamme. Ce qui n'est pas le cas de beaucoup de jeunes aujourd'hui. À l'embauche, ils sont très mobiles, mais ils ne tardent pas à devenir immobiles! Motiver le personnel devient une problématique de génération. J'en viens à penser que les jeunes ne sont pas aussi flexibles qu'avant, peut-être parce qu'ils sont plus gâtés et habitués à tout avoir rapidement. Les motiver, et les garder dans la même entreprise, ce n'est pas une mince affaire. »

Au cours de son long séjour sur le continent européen, Éric Laflamme n'a pas hésité à mettre la main à la pâte, au sens littéral du terme. Il a en effet suivi des cours de formation sur la fabrication de pâtes et papiers dans des établissements spécialisés en France, en Angleterre et en Hollande, ainsi que des stages pratiques en usine. Il a aussi suivi des cours intensifs de suédois, histoire de pouvoir communiquer directement avec les responsables de la production de l'usine suédoise. Ces différentes expériences professionnelles n'ont toutefois pas fondamentalement modifié l'approche de management d'Éric Laflamme, grandement axée sur la communication.

« Tout en s'adaptant aux cultures locales, Cascades fait la promotion de ses façons de faire particulières dans ses différentes usines, dit-il. Par exemple, nos gestionnaires ne sont pas cloués dans leurs bureaux. Si bien qu'au début, les employés européens étaient surpris de nous voir, mais aussi heureux qu'on les rencontre. Par ailleurs, l'autre différence marquée entre l'Amérique du Nord et l'Europe, c'est au chapitre de la clientèle qu'on l'observe. Là-bas, on doit prendre le temps d'établir une relation d'affaires, on ne peut pas ficeler des ventes aussi rapidement qu'ici. »

Réputé pour sons sens de l'organisation, sa capacité d'analyse, son esprit de fonceur et sa vision résolument positive de la vie, Éric Laflamme n'en a pas moins été confronté à des réalités qui ne se prêtent guère à l'optimisme, comme quand il a dû se résoudre à recommander la fermeture de l'usine belge. « Ce n'est jamais facile de prendre une telle décision et encore moins de l'annoncer au personnel, dit-il. On a beau se dire qu'on a tout analysé et soupesé et que c'est logiquement la bonne décision, il n'empêche que c'est bouleversant sur le plan humain. »

Cet amateur de musique - surtout du genre progressiste des années 1970 - et de lecture - particulièrement à caractère historique, est aussi et surtout un passionné de vitesse. Inutile de dire qu'il a été drôlement comblé sur les autoroutes de certains pays d'Europe, où la notion de limite de vitesse n'existe pas. Il s'est même payé la griserie d'un cours de pilotage de voitures de courses et tenté l'expérience de pousser son bolide à 255 km/h! Aujourd'hui, après avoir essayé à peu près tous les sports, il se satisfait de courts de tennis et de pistes de ski alpin.

De toute évidence, Cascades est au cœur de la vie d'Éric Laflamme. D'autant que c'est au siège social de l'entreprise qu'il a rencontré celle qui l'a suivi dans son incursion européenne et qui est aujourd'hui la mère de ses deux enfants. L'avenir professionnel d'Éric Laflamme sera-t-il toujours associé à Cascades? La question ne se pose pas vraiment pour quelqu'un qui fonctionne par étape. L'étape actuelle étant de rééditer à Montréal ce qu'il a si bien réussi en Europe : multiplier le chiffre d'affaires tout en éliminant quasiment la dette. L'étape suivante, ce sera en temps et lieu.

L'autre Éric Laflamme, en quelques questions…

La chose qui l'agace le plus dans la vie quotidienne
Les taxis, qui s'arrêtent n'importe où et qui sont une véritable nuisance à ses yeux d'amateur de conduite automobile.

Sa manie qui fait sourire
Ce n'est que tout récemment qu'un collègue lui a appris qu'il réfléchissait en se tâtant systématiquement le nez!

La page d'histoire qui le fascine le plus
Toute l'histoire de la Russie, du régime des Tsars à l'évolution contemporaine de ce pays au destin à la fois fabuleux et surprenant.

Ce qu'il voudrait être dans une autre vie
Question déstabilisante pour Éric Laflamme, qui n'aime pas l'idée de perdre le contrôle. À contrecoeur, il pourrait concevoir se réincarner en musicien, mais à la condition de ne pas oublier celui qu'il est aujourd'hui!