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Ce que devrait être la comptabilité



Huguette  Lavallée, CMA

Huguette Lavallée, CMA
Ce portrait est paru en janvier 2008 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.

Quand être CMA rime avec défis et plaisir

Par Jocelyne Hébert
Collaboratrice spéciale

D’emblée, Huguette Lavallée avoue être une femme choyée. Après plus de 30 ans au service de la Société Radio-Canada, plusieurs auraient déjà pris leur retraite. Mais pour cette femme pimpante et au sourire satisfait, cette idée semble tout à fait incongrue.

« Oui, je suis choyée d’avoir pu faire toute ma carrière ici. J’en suis fière et j’aime cet univers. Je côtoie tous les jours des gens très intéressants et très motivants. C’est un milieu ouvert. Je me trouve privilégiée. Techniquement, je pourrais prendre ma retraite, mais j’ai le feu sacré et actuellement, il y a beaucoup de défis. »

Il est vrai que pendant les trois dernières décennies, Huguette Lavallée ne s’est jamais ennuyée. Si elle occupe aujourd’hui le poste de première directrice, Finances et administration des services français, c’est à titre de commis aux services administratifs qu’elle a débuté sa carrière chez le radiodiffuseur public national. À 18 ans, elle voyait cet emploi comme un simple gagne-pain. Son rêve n’était pas tant d’entrer dans le monde des vedettes que de faire des études en comptabilité.

« Environ deux ans plus tard, je suis retournée aux études le soir, tout en travaillant. Je me suis donné une discipline assez stricte, et c’est ainsi que j’ai obtenu mon baccalauréat en comptabilité publique. J’hésitais entre le titre de CMA et celui de CGA, puis je me suis rendu compte que j’aimais surtout le volet gestion et que le titre de CMA me correspondrait davantage. Avec la formation de CMA, on peut gérer des ressources, faire de la planification, organiser des services. C’est une formation qui nous ouvre les portes dans plusieurs secteurs d’une même entreprise.  » Afin d’être vraiment convaincue de son choix et d’acquérir de l’expérience, la jeune femme a alors accepté d’être rétrogradée pour occuper un poste de commis en comptabilité, au secteur des finances et de la comptabilité.

La suite paraît simple, un peu comme un chemin s’ouvrant progressivement devant elle. « J’ai obtenu mon premier poste de cadre en 1980. Au fil des années, j’ai occupé différentes fonctions de gestion dans plusieurs secteurs de Radio-Canada : radio française, Entreprises Radio-Canada, planification stratégique, relations internationales. J’ai aussi fait plusieurs séjours au secteur des finances et de l’administration.  »

Une grande diversité de postes, donc, dans des secteurs très variés, mais un contexte qui, lui, ne change pas et impose ses propres règles, celui d’une société d’État. « Selon les secteurs, les approches diffèrent. Mais tous travaillent dans un même objectif, celui d’offrir un produit de qualité à l’auditoire.  »

« Le financement public de Radio-Canada est limité et son mandat s’élargit sans cesse. Disons que ça invite au défi ! Il faut mettre toute notre créativité au service des gestionnaires qui cherchent à produire leurs émissions. Ce qui me tient particulièrement à cœur, ce sont les gens. Ce qui fait la force, la couleur et la saveur de Radio-Canada, ce ne sont pas les outils, mais le personnel. Pour moi, le respect de mes collègues est primordial et c’est ce qui me motive à dégager des fonds sans avoir à sacrifier des emplois.  »

Huguette Lavallée évoque les années 1994-1997, une période difficile pour tous les employés de Radio-Canada, qui ont dû composer avec des compressions budgétaires de 400 millions de dollars imposées par le gouvernement fédéral. Le défi était de taille : restructurer tout en maintenant la qualité du service, voire en l’améliorant. Qu’à cela ne tienne, Radio-Canada a invité les producteurs à produire sur place, ce qui a permis de préserver des emplois, de générer des revenus et de mettre à profit à la fois le talent et la compétence du personnel et des infrastructures à la fine pointe. Avec le résultat qu’aujourd’hui, le siège montréalais de Radio-Canada est le plus important centre de production télévisuelle en Amérique. Quand, en 2002, des expertes se sont penchées sur les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes à Radio Canada, Huguette Lavallée, qui affiche fièrement ses convictions féministes, s’est immédiatement sentie interpellée. « J’ai fait partie du comité conjoint sur l’égalité salariale qui fut alors créé. Syndicats et partie patronale siégeant à la même table, nous avons réalisé qu’il fallait mettre en place des mécanismes pour maintenir l’égalité salariale.  » Ce qui fut fait. « Des correctifs ont été apportés, et ce processus se fait maintenant en continu. C’est un dossier qui me tient à coeur. »

Et comment se sent la femme dans la peau d’une gestionnaire? « Je suis persuadée que les femmes ont une manière de gérer différente de celle des hommes. Nous envisageons les problèmes autrement, nos valeurs de gestion nous distinguent de nos confrères. Plus il y aura de femmes au pouvoir, plus nous pourrons intégrer ces valeurs dans le monde du travail. La composition de tout comité de direction devrait être équilibrée à cet égard. »

Pour sa part, Huguette Lavallée se trouve fortunée de travailler avec Sylvain Lafrance, « un homme qui aime s’entourer de femmes ». C’est en 2006 que le vice-président principal des services français a proposé à Huguette Lavallée son poste actuel. Avec une équipe de 120 personnes, dont certains en région, la première directrice, Finances et administration, gère un budget qui dépasse un demi-milliard de dollars pour tous les services français offerts au Canada. Tout un mandat, qui va de la répartition des budgets entre les secteurs en passant par les services-conseils aux gestionnaires, l’élaboration des plans de gestion et des budgets et la préparation des rapports au CRTC.

En plus de cette « routine », une responsabilité toute spéciale a été confiée à Huguette Lavallée, alors que comme toutes les autres grandes chaînes de télévision, Radio-Canada vit une période de transition cruciale. « Les canaux spécialisés ont pris beaucoup de place dans les dernières années et accaparent une plus grande part du portefeuille de revenus publicitaires. Puisque le financement gouvernemental ne progresse pratiquement pas et que nos revenus publicitaires ont tendance à baisser, l’innovation est notre seule porte de sortie. Internet est une des nouvelles voies que nous tentons de développer, mais cela ne comble pas entièrement le manque à gagner. Nous devons donc réinventer nos façons de faire pour que nos moyens de production nous permettent de faire plus avec moins. » Foi d’Huguette Lavallée, les mots efficience et efficacité font partie du vocabulaire de tous les jours à Radio-Canada !

Depuis le début de l’entrevue, Huguette Lavallée parle avec calme et simplicité. D’une grande clarté, ses paroles semblent couler de source. En entendant cette remarque, elle semble un peu surprise, mais trouve vite la bonne explication. « Oui, je suis claire et transparente. Quand j’ai quelque chose à dire, les gens le savent. Un compliment que j’apprécie, c’est quand on me dit : “Huguette, tu n’es pas une vraie comptable. On peut parler de chiffres avec toi, et tu vas nous faire comprendre des choses arides aux yeux des non initiés.” J’ai énormément de rigueur, mais j’essaie également d’être souple et de garder l’esprit ouvert pour trouver des solutions, dans le respect des normes et politiques. »

« Mes collègues de travail sont souvent des créateurs de programmes, des professionnels du métier. Quand je m’adresse à eux, j’aime leur présenter un sommaire sur une page et mettre en lumière les chiffres qui sont en lien avec leur propre secteur de production. Cela les aide à donner un sens concret aux approches que je leur propose. Ma priorité, c’est de maximiser l’utilisation des fonds pour réinvestir dans la programmation. Quand la direction des programmes a un nouveau projet et qu’ensemble, on réussit à trouver l’argent pour le financer, c’est ma plus grande satisfaction ! »

Manifestement, les années n’ont en rien émoussé le plaisir qu’Huguette Lavallée éprouve à travailler. Il ne faudrait surtout pas en conclure qu’elle fait partie des workaholics anonymes! Arrivée avant 8 heures le matin et partie vers 18 heures le soir, elle s’arrête souvent à la salle d’entraînement pour faire une heure de cardiovélo (spinning) – un moyen infaillible de se décontracter et de se tenir en forme –, puis rentre à la maison pour partager un bon souper avec son conjoint. Heureuse, Huguette Lavallée? « Je me dis qu’il faut avoir des plaisirs tous les jours. Chaque soir, je veux me coucher en pensant : “Ç’a été une bonne journée.” C’est ma philosophie de vie. Mon père est mort d’une crise cardiaque quand j’avais dix ans, et j’ai réalisé très jeune que la vie peut être courte. Il faut en profiter tout le temps, au moment présent. Le travail fait partie de ma vie, mais il y a aussi autre chose.  »

« Autre chose », ce sont les voyages, par exemple : après avoir visité Prague et l’Alaska l’an dernier, Huguette Lavallée planifie un séjour au Viêt-Nam et rêve de remonter le Kilimandjaro, plus de 30 ans plus tard… Lorsqu’elle quittera Radio-Canada, car cela viendra bien un jour, elle songe aussi à faire des études en sociologie, fascinée qu’elle est par l’évolution de notre société. Une passion qu’elle a peut-être communiquée à son fils unique qui termine ses études en… journalisme.

Mais pour l’heure, Huguette Lavallée a beaucoup trop de plaisir sur la planche pour penser à la retraite !

L’autre Huguette Lavallée

Si vous étiez présentatrice du téléjournal, quelle nouvelle aimeriez-vous annoncer?
Qu’il n’y a plus de pauvreté chez les enfants.

Si vous étiez journaliste, quelle serait votre pire punition ?
Avoir à couvrir la météo, parce que peu importe ce qu’on annonce, on est toujours critiqué et personne n’est jamais content.

Quel don aimeriez-vous posséder?
Les habiletés manuelles. J’admire les hommes à tout faire.