Ce portrait est paru en septembre 2009 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.
Un CMA en orbite
Par Jocelyne Hébert
Collaboratrice spéciale
Ce fut un été mémorable pour Jacques Côté. Un premier voyage à Cap Canaveral pour assister au lancement de la navette spatiale qui transportait Julie Payette, venue rejoindre un autre Canadien dans l’espace – un fait inédit – et alors que le monde fêtait les 40 ans des premiers pas sur la Lune, cela ne s’oublie pas! Ce CMA avide de connaissances et de défis a aussi bien d’autres raisons d’être satisfait…
Sous les satellites
J’ai rencontré Jacques Côté tôt le matin, à la réception de l’Agence spatiale canadienne (ASC). Dans le vaste espace aux lignes modernes et épurées, quelques maquettes de satellites suspendues très haut au-dessus des têtes, le chef de la direction financière est arrivé, veste de cuir sur le dos et casque de moto à la main. Alors que nous franchissions les portes de sécurité et que je lui demandais, un brin étonnée, s’il faisait souvent de la motocyclette, il m’a assuré : « Vous savez, je n’en fais pas autant que je le voudrais, mais beaucoup de CMA font de la moto. » Peut-être, mais parions que peu de ceux qui occupent le deuxième poste en importance d’une organisation comme l’Agence se rendent sur deux roues à leur travail!
Comme nous nous dirigeons vers son bureau, Jacques Côté me raconte qu’il pratique aussi la randonnée, la motoneige, le ski alpin et le vélo de montagne. Chemin faisant, nous croisons des photographies de navettes et d’astronautes, et je lui demande si ce goût du mouvement, hérité de sa famille, ne lui a pas donné envie d’aller dans l’espace. Une question de circonstance puisque les astronautes Julie Payette et Bob Thirsk sont, à ce même moment, en mission autour de la Terre. Mon hôte répond catégoriquement : « Impossible d’y penser! Comme beaucoup de Gaspésiens qui ont grandi sur le bord du Saint-Laurent, je ne sais pas bien nager, car l’eau est trop froide pour s’y baigner. Or, il faut être maître-nageur pour aller dans l’espace... Mais je ne désespère pas de voler un jour dans un F-18! »
Comment refuser?
Il ne s’en cache pas : Jacques Côté aime se frotter au risque, sa façon à lui de mieux l’analyser et le maîtriser. Serait-ce ce qui l’a amené à devenir CMA? « La comptabilité de management répond à mes aspirations. C’est le titre comptable qui pouvait me donner le plus de plaisir. Ce qui m’intéresse, c’est la gestion, la planification stratégique et la créativité. »
Dans la jeune cinquantaine, notre CMA affiche une longue feuille de route comme gestionnaire au gouvernement fédéral. Outre six années dans le secteur privé, il a successivement occupé des postes à Forêts Canada, au Receveur général du Canada et au Bureau de la sécurité dans les transports. Sa grande soif d’apprendre lui a fait rencontrer des gens de nombreux horizons, assimiler des savoirs variés et gérer des projets aux enjeux de taille. Partout où il est passé, il s’est fait connaître pour son habileté à améliorer les processus.
Puis est venue l’irrésistible proposition de soutenir l’Agence dans l’implantation d’une nouvelle politique de gestion de projets. « Le Conseil du trésor a demandé au nouveau président, l’astronaute Steve MacLean, de consolider la gestion de projets. Celui-ci m’a demandé de m’en charger et je lui ai répondu que j’étais son homme. »
Jacques Côté a donc quitté la capitale fédérale au début de 2009 pour s’installer dans la région montréalaise, le siège social de l’ASC étant situé à Saint-Hubert. « Mon principal mandat consiste à mettre en place un processus de gestion de projets plus rigoureux qui permettra d’encadrer et de planifier beaucoup mieux la recherche scientifique. En misant sur l’amélioration continue, nous nous poserons les bonnes questions et nous saurons exactement où nous allons. L’ASC est peut-être l’une des plus petites agences spatiales, mais elle apporte une grande contribution à l’aérospatiale, notamment en robotique, en optique, en développement des instruments scientifiques et en télédétection. »
Des millions sur la table de travail
Maintenant assis dans son bureau, le CMA parle avec entrain des deux bras canadiens, celui de la navette et celui de la station spatiale qui, quelques jours plus tôt, ont travaillé de concert avec le bras japonais pour installer une plateforme fixée à l’extérieur du laboratoire japonais Kibo. Lui qui au début ne connaissait rien à l’aérospatiale a trouvé de quoi satisfaire sa curiosité : il visite fréquemment les lieux, pose une foule de questions et donne même parfois son avis lors d’échanges hautement scientifiques. « Je côtoie des gens extrêmement stimulants. Ils ont leur expertise, et je leur apporte la mienne. »
À titre de chef de la direction financière, Jacques Côté est responsable à la fois de la stratégie financière, de la gestion des projets, de la gestion des approvisionnements et de la planification stratégique. La gestion des risques est d’ailleurs une facette importante du travail de sa direction. « Ici, tout est extrêmement risqué, que ce soit le départ de la navette spatiale ou le lancement d’un satellite. Chaque projet, chaque envoi dans l’espace implique des années de recherche et des centaines de millions de dollars. Les scientifiques de l’Agence peuvent s’attendre à recevoir un excellent soutien de mes quelque 100 employés. Le comité exécutif compte sur moi pour présenter des chiffres d’une fiabilité irréprochable. »
Jacques Côté me fait maintenant visiter les lieux. Qui s’en priverait? Lui-même est visiblement content de me montrer les laboratoires et les salles d’entraînement des astronautes. Nous arrivons au Centre de mission spatiale, une salle fermée au public d’où l’on peut observer sur de grands écrans, et en temps réel, le travail des astronautes dans et autour de la station spatiale. Jacques Côté est fier et heureux. Quelques minutes plus tôt, il était aussi fier et heureux de me parler de ses enfants, une fille qui enseigne la physiothérapie à l’Université de Sherbrooke et un fils ingénieur civil. Il m’avait alors livré sa vision de la vie.
« Pour moi, le sort de la planète passe par l’amélioration de notre espèce. J’ai toujours travaillé pour que mes enfants dépassent leurs parents, qu’ils fassent de grandes études et de belles réalisations. C’est une quête individuelle qui demande un effort constant, mais qui est relativement facile à accomplir. »
La foi qui fait avancer les choses
« Est-ce cette vision “d’amélioration continue” qui vous a poussé à vous impliquer au sein de l’Ordre des CMA? », lui ai-je alors demandé. « Je suis un homme pratique. Quand on me demande de participer à quelque chose, je dis généralement oui. J’ai accepté de siéger au conseil d’administration de l’Ordre en retour de ce qu’il m’a donné : un titre comptable à valeur ajoutée. » Résultat, Jacques Côté compte maintenant 25 ans d’engagement à tous les échelons de l’Ordre, y compris à la présidence du Conseil. Aujourd’hui, il siège encore au conseil d’administration de CMA Canada.
« Si je ne croyais pas en ce que je fais, je ne le ferais tout simplement pas. En tant que président du Conseil de l’Ordre, j’ai beaucoup travaillé en faveur d’une fusion de tous les ordres comptables. Comme pour les ingénieurs et les médecins, je crois en un seul ordre professionnel regroupant tous les champs de pratique. Chaque spécialisation – comptabilité de management et comptabilité publique - conserverait sa spécificité et le public y gagnerait en sécurité et en confiance », soutient celui qui a été nommé Fellow en 2003, une reconnaissance de son implication qui a beaucoup de valeur à ses yeux.
Nous sommes de retour à la réception, où Jacques Côté s’apprête à me laisser. Je viens de rencontrer un homme énergique et volontaire qui ne craint pas de matérialiser ses idées, à tout le moins d’essayer de le faire. À l’extérieur, le temps est orageux. Avant de me quitter, mon hôte désigne le ciel : « Quand je le peux, je regarde passer la station spatiale le soir, et cela me réjouit parce que aussi surprenant que cela puisse paraître, ça marche! »