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Martial  Gagné, CMA

Ce portrait est paru en septembre 2010 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.

Un CMA qui voit au-delà des chiffres

Par Jocelyne Hébert
Collaboratrice spéciale

Sur l’écran de son portable, Martial Gagné me montre la photo d’un bébé hérisson. Il me parle de la naissance du minuscule animal et de la croissance de ses épines, quelques heures plus tard. D’une voix sincère et enthousiaste, il explique la joie, pour lui et ses fils, d’avoir vécu cette expérience. Fait étonnant, cette même joie a habité les deux heures d’entrevue qu’il vient de m’accorder. Comme si sa vie n’était qu’une suite de plaisirs…

De grandes amours
Adolescent, ses sept frères et sœurs le poussaient à faire des études. Voyant qu’il aimait l’école et qu’il avait de bonnes notes, ils l’encourageaient à quitter sa Beauce natale, à prendre ses distances de la terre familiale pour explorer d’autres horizons. C’est ce que le futur président de Lunetterie New Look a fait, mais 25 ans plus tard, la Beauce et la famille ne sont jamais très loin de ce qu’il dit et de ce qu’il fait. L’attachement à ses origines a d’ailleurs influencé son choix de devenir CMA.

« Je voulais devenir vétérinaire, raconte-t-il en riant. J’ai toujours été attiré par la nature et les animaux. Mais quand il a fallu envisager de m’inscrire à la Faculté de médecine vétérinaire, située à Saint-Hyacinthe, ça m’a fait peur! Je me serais senti beaucoup trop loin des miens! »

C’est donc à Québec que le jeune Martial choisit de s’installer pour faire des études en informatique, un domaine encore tout neuf à l’époque. « L’informatique, j’en mangeais jour et nuit! » Mais un camarade de classe l’a bientôt amené à changer de voie : « Il me disait qu’en informatique, nous ne serions jamais patrons, et comme son propre père était comptable, j’ai réalisé que ce domaine pouvait m’ouvrir encore plus de portes. Je me suis donc tourné vers la formation de CMA. »

Nouveau coup de foudre! Après une seule session à l’Université Laval, Martial Gagné savait qu’il avait trouvé sa voie. Et comme il a rencontré la femme de sa vie à la même période, c’était décidé : il s’établirait définitivement à Québec.

Faire parler les chiffres
La vie réserve bien des surprises, et rien ne prédisposait Martial Gagné à l’optique. C’est un emploi d’été qui a amené le jeune universitaire à y faire ses premières armes. À cette époque, le Groupe René Marchand était une entreprise familiale qui exploitait des cliniques d’optométrie et les concessions de centres d’optique des magasins Sears, au Québec. Avec son certificat en informatique en poche, l’étudiant y a touché à tout. « Je travaillais dans les bureaux, j’aidais à rénover les magasins, j’ai même fait du ciment avec le propriétaire! »

« À l’automne, ils m’ont offert un emploi à temps partiel. Puis à la fin de mes études en comptabilité, ils m’ont proposé de faire le stage de deux ans chez eux. » À partir de là, l’homme à tout faire s’est transformé en homme qui a tout fait : au fil des 13 années suivantes, il a travaillé aux finances, a implanté des systèmes informatiques, s’est chargé des opérations, a dirigé le marketing et la publicité. « À cette époque, les montages publicitaires étaient encore faits à la main. Un jour, j’ai proposé des montages informatiques et montré toutes les possibilités de l’ordinateur. Au-delà des montages, on a aimé mes idées! Première nouvelle : je gérais le marketing! »

Se décrivant comme un comptable créatif, Martial Gagné s’est toujours appuyé sur sa formation de CMA pour convaincre ses collègues ou prendre des décisions. « En affaires, il ne faut pas s’en tenir aux perceptions. Moi, j’aime faire parler les chiffres. Quand on me dit que telle marque de lunettes se vend bien, je veux faire des analyses, tourner l’information de tous les côtés et avoir l’heure juste. »

« C’est la beauté de la formation de CMA! Elle ne m’a pas seulement servi quand j’avais des postes en comptabilité, mais aussi quand je me suis occupé des opérations, des ressources humaines, du marketing… J’ai toujours utilisé ma compréhension des chiffres pour les faire parler. Avec des présentations solides, basées sur des démonstrations chiffrées, tout le monde t’écoute et te suit. »

Un nouveau défi
C’est après avoir reçu quelques offres de Lunetterie New Look que Martial Gagné s’est laissé tenter et est allé voir comment cela se passait chez le leader de l’optique au Québec. « C’était motivant! Depuis des années, je voyais de l’extérieur ce réseau qui jouissait d’une excellente réputation. »

Cependant, le nouveau directeur des services administratifs a vite compris que l’entreprise traversait une période plus difficile. À la suite de son rachat par un groupe montréalais, Lunetterie New Look devait innover pour préserver sa place de leader. Martial Gagné a dû faire de nombreuses analyses pour le conseil d’administration, ce qui l’a amené à saisir l’ampleur des défis à relever.

« À 33 ans, je voulais faire la différence. Je voulais contribuer davantage à la relance de l’entreprise. » À sa grande surprise, un jour de novembre, le président débarque à son bureau de Québec pour lui offrir la direction du marketing. « Il m’a dit : “Tu sembles avoir de bonnes idées. Mais tu n’auras pas six mois pour faire tes preuves.” J’ai accepté, mais à la condition de faire les choses à ma façon. » Sacrifiant les fêtes en famille, il a retenu les services d’une agence de publicité de Québec, sollicité l’appui des médias locaux, qu’il connaissait bien, et concocté une campagne de marketing pour promouvoir une offre innovatrice qui tient encore aujourd’hui, le « Plan 29 ».

« En trois mois, l’entreprise avait trouvé un nouveau souffle. J’avais prouvé que l’équipe en place connaissait son marché et que nous avions la détermination et les aptitudes pour amener Lunetterie New Look encore plus loin. »

Une chance égale pour tous
À titre de président de Lunetterie New Look, Martial Gagné fait encore parler les chiffres et n’hésite pas à les utiliser pour illustrer ses propos. Conscient qu’il peut être d’un enthousiasme contagieux, il parle avec cœur et conviction, jamais pour la frime.

« En tant que leaders de la lunetterie, nous sommes condamnés à n’avoir que des A sur notre bulletin. Ce qui sépare le A du B, c’est la qualité du service à la clientèle et la recherche de l’excellence. Nous cherchons sans cesse à innover, tout en prenant soin de répondre aux normes des ordres professionnels qui régissent l’optique. J’ai beaucoup contribué à ce que le personnel adopte cette culture d’excellence, en lui disant entre autres que nous sommes les meilleurs et que nous devons nous battre pour le rester. »

Lorsqu’il aborde son rôle à la Fondation des maladies de l’œil, ses mots sont tout aussi éloquents, mais ils dévoilent alors une bonne dose d’émotion. « Hélène Tremblay, la directrice générale, est venue me demander de l’aide financière. Je lui ai proposé de travailler en partenariat, tout en lui promettant de faire grandir son organisation. Si vous saviez les projets que nous avons réalisés depuis, et ceux qui sont à venir! »

N’ayant jamais compté les heures, le bénévole est bientôt devenu président du conseil d’administration et a vu la modeste fondation croître en force et en beauté, gagnant le respect du secteur de l’optique, des commissions scolaires, des ministères concernés, des chercheurs et de l’industrie biopharmaceutique. « Le programme Participe pour voir, grâce auquel des lunettes sont données gratuitement aux enfants défavorisés, nous a beaucoup aidés à gagner cette reconnaissance. Vous savez, quand un enfant ne réussit pas à l’école parce que ses parents n’ont pas les moyens de lui payer des lunettes, ça me fait pleurer! Pouvons-nous donner à tous une chance égale de réussir? »

Au pied du pommier
S’il tire beaucoup de satisfaction de son travail comme de son implication communautaire, Martial Gagné en attribue la raison aux valeurs que son père, agriculteur, lui a léguées : famille, travail, application, respect des autres et de la nature. C’est dire que lui-même accorde beaucoup d’importance à son rôle de père. Jouer avec ses deux fils, les accompagner au hockey, visiter la ferme familiale, prendre soin des hérissons et des autres animaux de la maison, faire du motocross avec l’aîné, ce sont, pour lui, beaucoup plus que de simples joies. Ce sont des façons de transmettre les valeurs qu’il chérit et, après de dures semaines de travail, d’assurer l’équilibre de sa vie.

« Je roulais en motocross l’autre jour avec mon fils. Il m’a demandé d’arrêter près d’un pommier. Nous étions là, tous les deux, à manger des pommes dans la forêt. Nous étions au bord du paradis! »

Si vous lui demandez quels sont, à 42 ans, ses projets d’avenir, il vous répondra : « Conserver cet équilibre. »