Ce portrait est paru en mai 2009 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.
Une CMA qui a le bonheur dans la peau
Par Jocelyne Hébert
Collaboratrice spéciale
À voir ses joues rosées, ses yeux brillants et son air serein, je l’imaginerais volontiers sur un grand terrain, sarclant ses plates-bandes par une belle journée fraîche. Mais elle se trouve plutôt dans son bureau, au 22e étage d’une tour de Montréal. Et ce contraste est d’autant plus étonnant que Michèle Desrosiers, CMA, est l’une des têtes dirigeantes de Raymond Chabot Grant Thornton, un poste lourd de responsabilités et assurément exigeant… Je me pose alors cette question : comment fait-elle?
Pionnière sans le vouloir
En termes simples et directs, Michèle Desrosiers me raconte sa vie et son travail. Ses phrases coulent facilement, créant l’illusion d’un passé sans histoire. Qui dirait que son curriculum vitae est fourni comme un magasin de cadeaux et que parmi d’innombrables réalisations trônent plusieurs dossiers de grande importance? Il est vrai qu’en 30 ans, on peut accomplir bien des choses et qu’en janvier 2009, Mme Desrosiers fêtait trois décennies à l’emploi de RCGT. « Mais ce n’est pas nécessaire d’écrire mon âge en première page… », poursuit-elle en esquissant un léger sourire.
C’est ainsi : de temps en temps, notre CMA émaille son propos de surprenantes pointes d’humour, et là encore, elle m’étonne. J’insiste et lui dis : « Mais ces 30 ans-là n’ont pas été ordinaires! Vous avez été une pionnière non seulement en tant que femme et CMA mais aussi en tant que femme associée chez Raymond Chabot Grant Thornton. » Michèle Desrosiers acquiesce. « Durant mes études à HEC Montréal, les femmes étaient peu nombreuses et j’étais souvent seule dans une classe d’hommes. Il est aussi exact que j’ai été l’une des deux premières femmes associées de l’entreprise. »
Dans sa bouche, tous ces succès semblent naturels, banals même. Elle m’explique qu’elle a toujours été attirée par la comptabilité et le management. Sans chercher à comprendre pourquoi, sans analyser les difficultés qui pouvaient l’attendre, elle a tout simplement répondu à son désir, sans jamais le regretter.
Dotée d’une énergie remarquable, elle a suivi des études universitaires à temps plein, tout en travaillant chez Québecair, notamment en tant que gestionnaire des « 30 préposées à la facturation ». Après la vente de Québecair, elle s’est rapidement trouvé un nouvel emploi chez RCGT, qui s’appelait alors Raymond Chabot Martin Paré.
« J’ai obtenu le titre de CMA en 1979 et j’ai envoyé mon curriculum vitae à des chasseurs de têtes. Claude Bégin, qui était associé responsable de la consultation chez Raymond Chabot Martin Paré, recherchait une personne qui avait une formation de CMA, notamment en coût de revient. Les services de consultation démarraient alors, la section ne comptait que quelques personnes, et il m’a proposé un poste de conseillère. À cette époque, les entreprises commençaient à s’informatiser et modifiaient leurs systèmes en conséquence. Pour cette raison, elles avaient besoin de services de consultation. Mes deux premiers mandats ont consisté à revoir les processus d’approvisionnement de la Ville de Lachine et de la Commission des écoles catholiques de Montréal, aujourd’hui la Commission scolaire de Montréal. »
Loin de se sentir perdue dans ce nouvel univers, Michèle Desrosiers a tout de suite chaussé des souliers à sa taille. Mais la CMA n’était-elle pas un peu seule dans ce milieu « purement comptable »? Sans hésitation, elle me répond : « Même si je faisais un travail différent, dans un secteur de consultation en développement, je me suis toujours sentie appréciée ici. »
Manifestement! Au fil des ans, Michèle Desrosiers a si bien su faire sa place chez RCGT qu’elle est aujourd’hui associée responsable du Groupe-conseil stratégie et performance, membre du conseil de direction de l’entreprise et du comité de gestion de la région de Montréal, ainsi que coordonnatrice des services conseils de la région de Montréal! Le secteur de la consultation, qu’elle coordonne, a aussi beaucoup progressé, comptant maintenant 175 professionnels et réalisant un chiffre d’affaires de 32 M$. À lui seul, le Groupe-conseil stratégie et performance, qu’elle dirige depuis toujours, est composé de 75 employés et complète l’offre multidisciplinaire de Raymond Chabot Grant Thornton.
Le bonheur de 9 à 5, une nécessité!
Sans aucun doute, et bien qu’elle s’en défende, Michèle Desrosiers a joué un rôle de premier plan dans l’expansion de Raymond Chabot Grant Thornton, l’un des plus importants réseaux d’experts-comptables et de conseillers en management du Québec. Spécialisée dans le secteur public et parapublic, elle a rempli des centaines de mandats de grande envergure, particulièrement dans les domaines névralgiques de la santé, des services sociaux, de l’éducation et des organisations municipales. Elle a aidé nombre de centres hospitaliers, de petites et grandes villes, de commissions scolaires et d’universités à transformer leur organisation et à améliorer leur performance. Après avoir relevé des défis aussi complexes que variés pendant plus de 30 ans, ne sent-elle pas un peu de lassitude?
La réaction à ma question est joyeuse et sans équivoque. « J’aime ce que je fais encore plus que le premier jour! Je suis une passionnée et j’éprouve du plaisir tous les jours. D’ailleurs, si ce n’était pas le cas, je ferais autre chose. » Intriguée par une telle jeunesse de cœur, je lui demande de quoi est fait ce bonheur. « La certitude de faire quelque chose d’utile, d’aider mes clients à aller plus loin, de faire progresser mon équipe et l’entreprise. »
Au fil de l’entrevue, il devient clair que le bonheur au travail représente une valeur prioritaire pour Michèle Desrosiers. Pas le plan de carrière, ni les ambitions financières. Le bonheur. Une vision personnelle dont elle imprègne tous ses dossiers. « Par exemple, lors de l’exercice de planification annuelle, nous avons identifié en équipe des ajustements à apporter à nos pratiques. Nous sommes également en train de faire des changements au sein de nos services administratifs et j’ai dit aux professionnels qu’il fallait faire ces modifications, bien sûr, pour améliorer le service à la clientèle, mais aussi pour améliorer leur qualité de vie. Vous savez, quand on est malheureux plus de deux jours par année, c’est trop! »
Ai-je bien entendu ? Un emploi devrait être satisfaisant presque tous les jours ? N’est-ce pas en demander un peu trop au bonheur ? « Nous sommes responsables de l’état des choses. Si l’on n’est pas heureux, il faut s’interroger et en trouver les raisons. Souvent, il suffit de revoir notre manière de faire les choses ou de mieux comprendre une orientation. Notre responsabilité face à notre milieu de travail est de contribuer à son évolution. »
Par conséquent, pour cette dirigeante, l’apport humain prime dans une entreprise. « Je m’emploie à améliorer la performance des organisations, et la qualité de vie fait partie de la performance. Je peux changer des processus, mais si les personnes concernées ne comprennent pas ce qu’elles font, si elles ne sont pas motivées et n’ont pas le goût de s’impliquer, les chances de succès diminuent. »
Et le temps qui vient?
Elle qui soufflera bientôt 60 chandelles, pense-t-elle un peu à la retraite? « Je veux travailler pendant encore au moins 10 ans », assure-t-elle. En bonne santé, Michèle Desrosiers ne craint pas d’arriver au bureau à l’heure où la plupart se lèvent, question de faire avancer les dossiers avant que le téléphone sonne et que les courriels entrent par dizaines. Et quand le téléphone ne sonne pas? « Je m’arrange pour le faire sonner! »
« J’ai la consultation dans le sang! J’aime écouter, susciter des questionnements. En 30 ans, les termes ont changé. À l’époque, nous parlions de revoir les systèmes et les méthodes. Dans les années 80, il s’agissait de qualité totale, d’amélioration continue, puis dans les années 90, de réingénierie. Aujourd’hui, on parle de mondialisation, de partenariats, d’excellence opérationnelle. Mais ma mission est toujours demeurée la même : aider les organisations à faire la bonne chose, au bon moment, en impliquant les bonnes personnes. »
Je lui dis qu’elle a toutes les raisons d’être fière du chemin parcouru. « Je suis surtout fière de tout mon groupe », affirme cette aînée de famille qui adore réunir les siens pour les fêtes et pour qui la notion d’équipe compte beaucoup. Alors que je m’apprête à la quitter, je lui demande encore : « Vous avez des loisirs? » « Mon mari et moi, nous profitons de la vie au maximum. Nous aimons faire des voyages axés sur les arts et la gastronomie. Et les fins de semaine, nous allons à la campagne, travailler sur la terre, respirer le bon air. » Il me semblait bien!