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Monique F. Leroux, FCMA

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Ce portrait est paru en septembre 2006 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA. Monique F. Leroux est depuis 2008 présidente du Mouvement Desjardins.

Une CMA au sommet de son art

Par Jean-Marc Papineau
Collaborateur spécial

« J'ai souvent été celle qu'on recrute quand se manifeste un besoin de changement », affirme Monique F. Leroux, chef de la direction financière du Mouvement Desjardins depuis août 2004. « Et j'ai le sentiment d'être parvenue, avec l'aide de collaborateurs, à faire une certaine différence », ajoute du même souffle cette gestionnaire débordante d'énergie. D'autant plus qu'elle reçoit Élite CMA le matin-même de son retour au travail, après de formidables vacances où les longues randonnées à vélo ont été à l'honneur.

Travail, discipline et équilibre, tel est le credo de Monique F. Leroux. « Dans cet ordre », précise-t-elle quand on lui demande de formuler un conseil à l'intention des futurs CMA. Se décrivant comme une personne d'action et de terrain, à la fois pragmatique et d'un optimisme prudent, elle anticipe qu'une femme présidera dans un proche avenir aux destinées d'une grande institution financière canadienne. Tout en se gardant de dire qu'elle pourrait être candidate...

« Je suis convaincue que cela va se produire dans un horizon de cinq à dix ans, prédit-elle. Il suffit de regarder ne serait-ce que 25 ans en arrière pour mesurer tout le chemin parcouru. Au moment où j'ai fait mes études en comptabilité et en finance, les femmes étaient en minorité dans les universités, certainement moins de 20 %. Et elles étaient absentes des équipes de direction, sauf peut-être aux ressources humaines et aux communications. Aujourd'hui, les femmes comptent pour plus de la moitié des recrues dans les écoles de commerce. Et la parité hommes-femmes est maintenant une réalité chez les professionnels des institutions financières. Il s'agit d'une tendance de fond irréversible. Cela dit, pour arriver à la direction d'une grande entreprise, il ne faut pas seulement des études, mais aussi de l'expérience, de la compétence, de la maturité et un réseau. Tout cela prend naturellement un certain temps. »

Prochaine étape, la politique? Un large sourire illumine le visage de Monique F. Leroux. Comme elle n'est pas politicienne, jouons le jeu des hypothèses. Que choisirait-elle entre la présidence d'une banque ou le poste de premier ministre du Québec ou du Canada? « C'est une question difficile », commence-t-elle par dire. « Ce sont des fonctions qui, tout en étant bien différentes, se rejoignent, poursuit-elle. Dans les deux cas, il s'agit de responsabilités économiques et financières qui ont une grande portée sociale, et c'est pourquoi on ne peut s'en acquitter adéquatement que dans la mesure où l'on est capable d'obtenir la confiance des gens et d'exercer un leadership éclairé. » Là aussi, elle se garde de dire qu'elle pourrait un jour faire le saut…

Plus tard au cours de l'entrevue, cette conférencière émérite - tant au Canada qu'en Europe -, confie que son sujet de prédilection est les finances publiques. « D'immenses progrès ont été faits au Canada, et de grands défis se posent au Québec, juge-t-elle. Mais on a la chance de posséder un certain nombre de richesses naturelles. » Ne sont-ce pas les bases d'un programme politique? Nouveau sourire éloquent. « Je dois dire que j'ai le plaisir de travailler avec le groupe d'études économiques du Mouvement qui a produit des études comportant de très belles pistes de solutions. » Et voilà une pirouette digne du politicien le plus aguerri.

La grande passion professionnelle de Monique F. Leroux est l'activité financière qui, selon ses dires, constitue la toile de fond de toute l'activité économique. S'ajoutent différentes passions personnelles - la cuisine, les arts et le jardinage -, auxquelles elle s'adonne entre deux séances de vélo ou de ski de fond, « deux sports de grand air, de vitesse ou de lenteur, selon le cas. »

Monique F. Leroux a été recrutée en 2001 par le Mouvement Desjardins pour appuyer le président Alban D'Amours dans la gestion des différentes filiales du groupe, et pour améliorer leur performance. Mission accomplie, haut la main. Sous sa direction, de 2001 à 2004, les filiales (assurances générales et de personnes, services fiduciaires, fonds mutuels et de placement) ont réalisé une croissance significative de leurs affaires sur le marché canadien. Durant cette période, le bénéfice net consolidé a connu une progression exceptionnelle de plus de 300 %! Et le rendement sur le capital a bondi de 8 % à plus de 22 % au cours de cette période fructueuse.

Monique F. Leroux est maintenant principalement responsable de l'établissement du cadre et des objectifs financiers pour l'ensemble du Mouvement et de ses composantes, de la gestion du capital, de la normalisation comptable, des études économiques ainsi que de la gouvernance financière. Elle a aussi sous sa responsabilité fonctionnelle la caisse de retraite du Mouvement Desjardins, dont l'actif dépasse 4,5 milliards de dollars. Enfin, elle est déléguée de la direction du Mouvement Desjardins aux conseils d'administration et aux comités de vérification des filiales.

Trois décennies d'expérience aidant, Monique F. Leroux estime qu'en matière de gouvernance, aucune réglementation ne peut remplacer le jugement, la logique, l'éthique et la discipline.  « La surabondance de réglementation peut donner une illusion de confiance, prévient-elle. De la même manière qu'en comptabilité, suivre une liste de contrôle sans réflexion en profondeur peut occulter la substance d'une transaction. »

Monique F. Leroux a mené une carrière que d'aucuns pourraient qualifier d'exemplaire. Elle a d'abord fait sa marque au début des années 1980 chez Ernst & Young, puis dans les hautes sphères de RBC Banque Royale - notamment au poste de première vice-présidente, Direction du Québec -, et de Quebecor, à titre de première vice-présidente exécutive et chef de l'exploitation. Au cours des quinze dernières années, elle a siégé au conseil d'administration d'une douzaine d'entreprises et d'établissements culturels d'envergure, dont Quebecor World, Rona, HEC Montréal, la Fondation de l'Institut de cardiologie de Montréal et l'Orchestre symphonique de Montréal. " Sur le plan philanthropique, les arts, l'éducation et la santé sont les trois pôles vers lesquels j'essaie d'orienter mon soutien, précise Monique F. Leroux. Tant et si bien que l'association torontoise Women's Executive Network l'a propulsée en 2003 parmi les « Top 100 - Canada's Most Powerful Women », dans la catégorie  « Senior Executives in Major Canadian Corporations ».

Pragmatique, Monique F. Leroux? Et comment! Alors qu'elle était étudiante au Conservatoire de musique de Montréal, elle bifurque en effet vers la comptabilité. Passant du piano aux chiffres, sans regret. Et avec la même aisance. « Il n'y a pas de niveau intermédiaire dans la musique, explique-t-elle, il faut atteindre un calibre international qui exige d'étudier dans les grandes écoles d'Europe ou des États-Unis. Cela requiert des ressources financières que je n'avais pas. Et une grande dévotion que je n'avais pas non plus. Il faut avoir la capacité de concentrer ses énergies au service de la musique. Or, j'aime trop les gens pour me consacrer à une discipline aussi solitaire. »

La voilà donc qui plonge dans l'univers de la comptabilité. Un univers qui, comme la musique, est une forme de langage tout aussi structurée et organisée. Un univers qui, encore une fois comme la musique, exige une très grande discipline. « Et de l'agilité, intellectuelle celle-là », lance Monique F. Leroux dans un long éclat de rire sonore.

Monique F. Leroux est une de ces professionnels comptables à avoir suivi simultanément les formations de CA et de CMA. « Parce qu'il me semblait qu'il s'agissait de deux approches complémentaires », souligne-t-elle. L'expérience sur le terrain confirme sa perception initiale. « Quand j'ai fait le saut dans le monde corporatif, poursuit cette gestionnaire volubile, j'ai recommencé à utiliser des notions apprises dans le cadre de ma formation de CMA. Quand on travaille en entreprise, la reddition de comptes à l'externe est certes importante, mais structurer l'information financière de management est essentiel, parfois même décisif. Je consacre beaucoup de temps à l'analyse de l'information de gestion interne et à sa présentation, de manière à déterminer les messages importants. Parce que c'est cela qui permet d'aider les équipes de direction dans leurs prises de décision, c'est-à-dire comprendre les points forts et les problèmes et déterminer les actions à prendre, et ce, afin d'atteindre les résultats visés. »

Arriver au sommet est une chose, y demeurer en est une autre. D'autant que les gestionnaires qui atteignent les plus hautes sphères se sentent parfois isolés. « Je vous dirais que les deux sont difficiles, dit avec gravité Monique F. Leroux. Gravir les échelons demande beaucoup de travail et d'audace, un certain leadership, et peut-être de l'agressivité. Demeurer en poste requiert d'autres habiletés, comme une grande capacité d'écoute, de l'humilité, la capacité de maintenir des relations de confiance, de se ressourcer tout comme de se remettre en question, et finalement, le courage managérial. Il est vrai qu'arrivé à un certain niveau, on peut se sentir seul. Cependant, j'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont donné très rapidement le sens du devoir, du travail bien fait et de l'autodiscipline. J'ai aussi appris, avec l'expérience, combien il est essentiel de bien s'entourer, que ce soit dans la famille, la vie sociale ou la vie professionnelle. Par exemple, j'ai eu plusieurs mentors qui ont su bien me conseiller, m'épauler et m'orienter. Sans compter que travailler dans un climat de confiance et de transparence, avec une équipe solide et compétente et sur les bonnes priorités permet de réaliser des objectifs ambitieux. »

Ce qu'elle a appris sur le tard, en revanche, c'est la fameuse conciliation entre le travail et la famille, en devenant maman au début de la quarantaine d'une ravissante fille d'origine chinoise. « Cela m'a incitée à faire certains choix dans mon parcours professionnel, confie-t-elle. Les choses auraient pu prendre une tournure différente, mais il n'était plus question que je sois constamment en déplacement. Ce fut probablement la décision la plus difficile que j'aie eu à prendre, mais aussi celle qui m'a rendue le plus heureuse. Il faut dire que j'ai toujours eu tendance à relativiser l'importance de la carrière. » Ce que beaucoup appelleraient la sagesse.

L'autre Monique F. Leroux, en quelques questions…

Le geste le plus fou qu'elle ait fait
Escalader une montagne jusqu'à se rendre au sommet à 3500 m, puis se demander comment faire pour en redescendre… En femme de raison, elle a bien sûr influencé la décision du groupe quant à la route à suivre pour en revenir!

Ce qu'elle considère être la plus grande injustice de la vie
Le capital intellectuel, dont les êtres humains sont inégalement nantis.

La chose qui lui fait vraiment peur
Perdre la santé, sans laquelle plus grand-chose n'est possible.

La chose qui l'agace le plus dans la vie quotidienne
La routine, dit-elle sans hésiter.

Son trait de personnalité qui fait sourire son entourage
Son exubérance. Avec son rire sonore, son pas décidé et ses gesticulations passionnées, on comprend qu'elle ne passe pas inaperçue!

Ce qui l'ennuie profondément
Le manque d'authenticité, le mensonge et la manipulation lui sont insupportables.