Ce portrait est paru en janvier 2006 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.
La flamme du savoir CMA
Par Jean-Marc Papineau
Collaborateur spécial
Richard Fontaine est un spécimen rare dans l'univers des CMA. Après avoir occupé des postes de gestion pendant près de 20 ans dans différentes entreprises, y compris des multinationales, il est retourné sur les bancs d'école. D'abord pour entreprendre des études doctorales. Ensuite, pour enseigner à de futurs CMA. « C'est un drôle d'âge pour un retour aux études », convient Richard Fontaine qui venait alors de franchir le cap de la quarantaine.
La réaction générale en a été une d'incrédulité, voire d'incompréhension totale. « Des confrères m'ont téléphoné pour me demander ce que moi, un homme d'action et de terrain, j'étais en train de faire », déclare Richard Fontaine, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal depuis juin 2004 et qui aimerait bien voir plus de CMA pousser aussi loin leur quête de connaissances. « Sur le coup, j'étais incapable de leur expliquer clairement les raisons de mon cheminement », précise celui qui depuis janvier 2004, suit un programme conjoint de doctorat en administration des affaires chapeauté par les quatre universités montréalaises.
Tout s'est éclairci d'un seul coup lors d'une rencontre avec son professeur de marketing de l'Université McGill, Laurette Dubé, une sommité dans ce domaine. En lui remettant le résultat de son travail de fin de session, elle lui a confié : « Richard, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi curieux que toi sur le plan intellectuel. » « Cette curiosité, c'est effectivement ma grande motivation », dit Richard Fontaine qui, grâce notamment à une bourse de 45 000 $ que lui a accordée CMA Canada, a pu négocier son virage académique. Si ce virage est apparu si radical aux yeux d'un entourage professionnel qui reconnaissait à Richard Fontaine un grand potentiel dans le monde des affaires, il n'en couvait pas moins en lui depuis des années. Le déclic initial a en effet été son expérience de formateur dans le cadre du Programme professionnel de l'Ordre entre 1996 et 2000.
Après deux ans d'études doctorales, Richard Fontaine n'hésite pas à dire qu'il est une tout autre personne et qu'il serait un tout autre gestionnaire. « En fait, je réalise que je ne sais rien, ou presque. En tout cas, j'ai moins de certitudes et beaucoup plus de questions. J'ai appris que le doute est la clé qui mène à la connaissance, parce que le doute nous dispose à l'écoute et donc à l'ouverture d'esprit. Bref, mes études m'ont apporté une grande humilité. Et une vision plus large des situations. » Et Richard Fontaine de faire le parallèle avec sa formation de CMA qui, dit-il, lui a donné un angle d'observation qui va au-delà de la simple comptabilité. « Mes recherches me confirment que l'intégration dont les CMA ont fait leur spécialité élargit la perspective de la comptabilité. C'est ce qui nous permet de voir la réalité avec d'autres lunettes que celles du «comptable» et de saisir les multiples facettes des situations vécues dans les organisations. »
Pour l'heure, il mène des recherches inédites sur le défi de concilier l'indépendance du vérificateur avec une collaboration de nature stratégique avec son client, dans le respect des règles de gouvernance et d'indépendance. Ces recherches qui font appel aux principes du marketing relationnel, Richard Fontaine va les mener en 2006 dans un des grands cabinets comptables canadiens. Ce n'est pas une première, mais presque. D'abord parce que ce type de recherche sur le terrain est très rare en comptabilité. Mais aussi et surtout parce que notre chercheur examinera comment appliquer l'approche intégrée du CMA à la vérification, ce qui confirme à ses yeux « que les deux champs de spécialisation de la comptabilité sont complémentaires et que cette complémentarité n'est pas à sens unique. »
Natif d'Edmonton, en Alberta, Richard Fontaine a fait son baccalauréat en administration des affaires à l'Université Laval, établissement qu'il a choisi dans le but premier d'apprendre le français, la langue d'origine de ses grands-parents paternels. Établi depuis au Québec, il ne cache pas son attachement à sa ville d'adoption. « Une des raisons pour lesquelles j'adore Montréal est ce caractère unique d'une ville qui possède quatre universités, dit-il. Mais nous devrions capitaliser davantage sur cet atout concurrentiel majeur. Conjugué à des frais de scolarité parmi les moins élevés et à la cohabitation réussie de deux langues et de deux cultures très riches, une exception dans le monde, nous avons ce qu'il faut pour faire de Montréal un grand joueur dans l'économie du savoir. »
Richard Fontaine croit que les affaires passeront encore plus par la communication dans le futur, d'où l'importance de maîtriser quelques langues et de bien s'exprimer en public. Marié à une Italienne d'origine, Richard Fontaine est heureux de dire que ses deux enfants, un garçon de huit ans et une fillette de six ans, sont déjà capables de parler trois langues, l'italien à la maison, le français à l'école et l'anglais dans la rue. « Ma femme et moi consacrons beaucoup d'efforts à l'éducation de nos enfants, à qui nous voulons donner avant tout le goût de la curiosité. Différentes études ont démontré que plus on apprend, plus on est capable d'apprendre et plus la confiance en soi grandit. »
Richard Fontaine a passé la plus grande partie de sa carrière dans le monde des affaires, successivement à l'emploi de Cargill Grain, de la Banque Royale, de Fedex et de Shell, avant de se joindre à l'équipe de Cora Déjeuners ! C'était la première brisure dans une carrière jusqu'alors linéaire. Un revirement qui lui procure encore aujourd'hui la plus grande satisfaction. À la faveur de discussions philosophiques avec la fondatrice, Richard Fontaine se retrouve à la vice-présidence, Finances et planification stratégique de cette chaîne alimentaire qui a connu une croissance phénoménale au cours de la dernière décennie à travers le Canada.
En regardant au loin par la fenêtre de son modeste bureau sans décoration aucune, Richard Fontaine lance : «Je ne me vois pas comme celui qui dicte comment faire du haut de sa tour d'ivoire. » C'est d'ailleurs pourquoi il continue de siéger au conseil d'administration de quatre entreprises, dont celui de Cora Déjeuners, car « pour faire le lien avec ce que j'apprends, dit-il, je dois rester proche de la réalité du terrain. »
L'avantage d'être à l'université, c'est qu'il loge maintenant aux avant-postes de l'observation. Et Richard Fontaine n'aime pas tout ce qu'il voit. Quand on lui demande si les entreprises sont bien gérées, sa réponse est cinglante : « Non, dit-il après avoir braqué son regard dans le fond de mes yeux. L'indice principal qui motive mon opinion est que les employés ne sont plus contents au travail. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas assez payés, mais parce que les gestionnaires ne sont pas à leur écoute et ne les motivent guère. Personne ne leur dit quand ils font un bon travail. Globalement, les relations avec les employés ne sont pas au beau fixe, pas plus qu'avec les clients d'ailleurs. »
Et les étudiants? « C'est sûr qu'ils préféreraient que leurs professeurs leur fournissent toutes les réponses! », dit Richard Fontaine en riant. Mais celui qui est toujours disponible pour ses étudiants croit plutôt qu'il faut les accompagner et les aider à développer leur autonomie et leur esprit de découverte.
Sur la table de chevet de Richard Fontaine alternent en permanence quatre livres, deux romans en italien et deux en français. « J'adore lire dans d'autres langues », dit ce passionné de littérature, de cuisine italienne et de golf. À tel point qu'il étudie même minutieusement des films de son élan et de ceux de golfeurs professionnels. Il ne pratique pas le golf pour conclure des affaires entre deux trous, mais amoureusement, en compagnie de ses enfants à qui il espère transmettre sa soif de connaissance. « Si à la fin de mon doctorat, conclut Richard Fontaine, je ne suis parvenu qu'à donner davantage à mes enfants ainsi qu'à mes étudiants et à mes collègues le goût d'apprendre autre chose, j'aurai réalisé mon rêve. » On le lui souhaite…
L'autre Richard Fontaine, en quelques questions
L'objet auquel il tient mordicus
Ses livres, qu'il ne prête jamais et qui lui appartiennent tous, au risque de faire exploser sa maison!
La chose qui l'agace le plus
La mauvaise humeur et l'irritation dont il est souvent témoin chez l'homme de la rue.
Ce qui le fait le plus rire
Le rire des autres, qui l'entraîne à rire même de ce qu'il ne trouve pas drôle!
Son défaut caché
Richard Fontaine avoue volontiers être trop curieux pour pouvoir se concentrer sur une chose à la fois, mais du même souffle, il confesse ne pas vouloir trop changer!
Ce qu'il voudrait être dans une autre vie
Acteur, avec le salaire de Tom Cruise!