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Ce que devrait être la comptabilité



Sylvie  Béchard, CMA

Ce portrait est paru en mai 2010 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.

Une CMA au « sang vert »

Par Jocelyne Hébert
Collaboratrice spéciale

Placés bien en vue sur le mur, les portraits d’Alphonse et Dorimène Desjardins montrent que par sa sagesse, le fondateur a une présence inspirante. Plus près, la photo d’un petit garçon aux grands yeux verts et au sourire coquin atteste qu’il y a la vie, là, tout de suite. Au milieu de ces visages, elle se tient devant moi, tout sourire, belle et accueillante. Je suis déjà conquise! Me voici dans le bureau de Sylvie Béchard, CMA, vice-présidente, Gouvernance financière et contrôles internes du Mouvement Desjardins.

Une succession de défis
Sylvie Béchard occupe un poste unique et récent, créé en 2009. Elle est chargée, entre autres, de mettre en place une gouvernance financière adaptée à l’environnement des institutions financières ainsi que d’optimiser les contrôles internes reliés à l’information financière et ce, dans tous les secteurs d’affaires du Mouvement Desjardins. Un mandat colossal! À la regarder, avec son allure jeune et dispose, je pourrais croire qu’elle vient tout juste d’être embauchée par un chasseur de têtes et qu’elle s’est octroyé un mois de vacances avant d’entrer en poste. Mais il ne faut surtout pas se fier aux apparences!

En effet, Sylvie Béchard a depuis toujours le « sang vert », comme on dit au sein de l’institution financière coopérative, en référence à la couleur du logo. Entrée chez Desjardins alors qu’elle était encore aux études, elle a occupé un premier emploi chez Sécur, l’ancienne filiale spécialisée en transport de valeurs. Sans plan de carrière mais insatiable de défis, la toute jeune femme a occupé plusieurs postes clés reliés aux états financiers, au coût de revient et au processus budgétaire, au service à la clientèle, à la planification stratégique et à la gestion de projets, pour enfin devenir vice-présidente, Administration et enquêtes. Tout cela en 14 ans.

« Autant de défis que de plaisirs!, résume-t-elle. J’ai eu la chance que de nombreuses occasions se présentent à moi. » Quand la filiale a été vendue, en 2003, Sylvie Béchard s’est assurée d’une transition harmonieuse des activités avec l’impartiteur, y compris l’optimisation du processus de traitement des enveloppes de guichet automatique chez Transit Desjardins. Qu’allait-elle faire ensuite?

« C’est une question de valeurs et de sentiment d’appartenance, m’explique-t-elle avec, en arrière-plan, le regard droit et rigoureux de Monsieur Desjardins. L’intégrité, la transparence, le respect, la confiance en soi et aux autres, l’imputabilité, le courage managérial, tout cela est fondamental pour moi. » Elle aurait pu ajouter « l’amour du travail », car à n’en pas douter, Sylvie Béchard n’a surtout pas compté les heures depuis la fin de ses études…

Partir de zéro
Jusqu’alors, son goût pour la comptabilité de management avait été satisfait et ses compétences de CMA l’avaient bien servie. « Comme tout CMA, j’étais attirée par la comptabilité, le management et la gestion, mais j’aimais aussi avoir une vision globale de l’entreprise. Les postes que j’ai occupés m’ont rapidement amenée à gérer des projets et des changements d’envergure, à diriger des équipes performantes. »

Je l’observe un moment, essayant d’aller au-delà de ses paroles. Alors qu’elle s’apprête à me raconter son entrée au Mouvement Desjardins, je la trouve calme et confiante. En ses moyens, en ses capacités. Telle une athlète de haut niveau, dont elle partage la détermination, la force et l’assurance. Je remarque ses yeux verts, les mêmes que ceux du garçon de la photo, son fils Félix.

« J’ai donc préféré rester chez Desjardins. » Cela tombait bien, son « nouvel » employeur avait besoin d’une personne énergique et entreprenante pour mettre en application le règlement 52-109 sur l’attestation de l’information présentée dans les documents annuels et intermédiaires des émetteurs. « À la suite des scandales financiers qui ont secoué les États-Unis au début du siècle, le gouvernement canadien a imposé des dispositions visant à attester la fiabilité et l’intégrité de l’information financière, notamment en rendant personnellement responsables les présidents et les chefs des finances. »

Avec le soutien d’une très petite équipe au point de départ, Sylvie Béchard a entrepris dans un premier temps d’implanter la réglementation dans les deux filiales de Desjardins assujetties à la réglementation, soit la Caisse centrale Desjardins et Capital Desjardins. « C’était tout un défi! Nous devions bâtir ce nouveau processus d’attestation. Il fallait mettre en œuvre rapidement les mécanismes qui nous permettraient d’émettre les attestations réglementaires et ce, dès 2004. »  Par la suite, les travaux se sont étendus progressivement à toutes les autres composantes du Mouvement, et ce, bien qu’elles n’y soient pas contraintes, afin d’être en mesure de procéder aux attestations complètes le 31 décembre 2011.

Sylvie Béchard a si bien répondu à la commande que les mandats se sont accumulés et que son équipe a progressivement évolué, jusqu’à devenir une nouvelle vice-présidence au sein de l’institution. « Depuis 2009, les ressources et l’expertise en gouvernance financière sont centralisées sous notre vice-présidence. Pour nous, c’est une très belle réalisation. Cela signifie que nous avons su démontrer la valeur ajoutée de cette démarche. » 

« Nous avons jusqu’en 2011 pour compléter cette implantation progressive. Cela ne dégage pas les composantes de leur imputabilité, mais tous les tests et la documentation sont produits par nous. Nous avons aussi un mandat plus large pour le réseau des caisses, qui comprend les contrôles opérationnels et réglementaires et qui, dans un souci d’optimisation, nous permet entre autres de mettre en place un guichet unique en contrôles internes au sein de notre vice-présidence. »

Un nouveau vent?
Dès qu’elle parle de travail, Sylvie Béchard emploie le « nous ». Nous, pour le Mouvement Desjardins et nous, pour son équipe, ajoute-t-elle.  Elle ne s’en cache d’ailleurs pas, les membres de son équipe comptent beaucoup pour elle. « Quand je viens au travail, je le fais avec plaisir, et je veux que ce soit la même chose pour les gens avec qui je travaille. Nous faisons les choses ensemble. Il faut qu’ils sentent que je suis là pour les aider, les accompagner, que je les respecte et que je reconnais ce qu’ils font. »

Au sein de cette équipe en expansion, qui comptera bientôt 65 personnes, figurent trois directrices. Je marque un temps d’arrêt avant de demander : « Depuis l’élection de Monique Leroux à la présidence, un vent de féminisation souffle-t-il sur le Mouvement Desjardins? »

« Il faut avoir les compétences nécessaires pour occuper un poste, me répond-elle. La diversité dans tous les sens du terme est une valeur très prisée par le Mouvement. Pour mon comité de gestion, j’ai sélectionné des femmes parce qu’elles étaient les meilleures candidates. Mais je remarque qu’il y a beaucoup de femmes dans le domaine de la gouvernance financière. Par exemple, 12 des 13 membres du Groupe de balisage en gouvernance sont des femmes. Est-ce parce qu’elles ont le souci du détail plus développé? Je ne sais pas... »

La vice-présidente et CMA me raconte alors qu’il y a quelques années, elle a contribué à créer un groupe de balisage pour échanger sur les meilleures pratiques en matière de gouvernance financière. Par simple bouche-à-oreille, ce cercle informel en est venu à compter 13 membres, et non des moindres : la Caisse de dépôt et placement du Québec, la Banque Nationale, la Banque Laurentienne, le Fonds de solidarité FTQ, Saputo, la Banque de développement du Canada, Rona, Gaz Métro et la SAQ.

Quand tout est à sa place…
Sylvie Béchard sait peut-être bien s’entourer, mais elle est aussi championne de l’organisation. Avec ses nombreuses responsabilités, non seulement au travail, mais aussi à la maison, il le faut bien! Elle rend tout de suite crédit à son conjoint, qui partage avec elle les tâches quotidiennes. Puis, elle concède que le sens de l’organisation est aussi naturel chez elle que l’inépuisable énergie dont elle semble dotée.

« Ma mère me donne en exemple à mon fils, note-t-elle en riant. Elle dit qu’à l’école, je faisais toujours mes travaux en avance, et c’est vrai! J’avais cette chance d’aimer l’école et d’aimer m’impliquer. Je participais à des comités; plus tard, j’ai travaillé à la mise en place du Comité étudiant CMA de l’Université Laval. Aujourd’hui, j’organise les fêtes familiales, les anniversaires pour des amis… J’aime ça! »

Son sens de l’organisation est global : il touche aussi ses loisirs! En femme d’expérience, Sylvie Béchard sait qu’elle doit s’accorder des moments exempts de stress. Quelques séances d’entraînement par semaine, du ski en famille les week-ends d’hiver et des promenades sur le lac en été… C’est alors que face à moi, j’aperçois un petit tableau, plutôt discret, qui représente un lac entouré d’arbres. « Je l’ai choisi exprès. Il me rappelle les vacances d’été à notre chalet et, parfois, je viens le regarder pour m’évader un peu… »

Je constate alors que tout est à sa place : le couple Desjardins, vénérable et inspirant; sa famille, Vincent et Félix; la joie de vivre et les promesses d’avenir de son fils; le lac, fenêtre de ressourcement. Et cette femme magnifique qui me sourit encore. À 43 ans, Sylvie Béchard est épanouie, tout simplement.

Pour ses consoeurs CMA
Les trucs et astuces de Sylvie Béchard

  • Ne pas craindre de communiquer ses réussites et ses réalisations et celles de son  équipe, ni de donner de la valeur à ce que l’on fait.
  • Faire preuve d’ouverture, accepter la critique même si ce n’est pas toujours facile : c’est en voyant comment font les autres que l’on apprend.
  • Faire de la formation continue pour maîtriser ses contenus.
  • Se laisser du temps pour soi, c’est une question de santé!
  • Accepter que tout ne soit pas parfait partout et savoir lâcher prise au bon moment.