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Ce que devrait être la comptabilité



Yvon  Rousseau, CMA

Yvon Rousseau, CMA
Ce portrait est paru en mai 2008 dans Élite CMA, publié par l’Ordre des CMA.

Un CMA qui a le regard tourné vers l’horizon

Par Jocelyne Hébert
Collaboratrice spéciale

Yvon Rousseau aime aller plus loin. Que ce soit pour acquérir de nouvelles compétences, pour se frotter à d’autres cultures et rencontrer des gens inspirants ou bien pour mettre en pratique les valeurs qui lui tiennent à cœur, ce CMA de 44 ans cherche sans cesse à atteindre de nouveaux horizons. Et il en a toujours été ainsi…

Cela tient-il à son lieu d’origine? Il est vrai qu’en grandissant à Rivière-du-Loup, où l’œil croise à tout moment le fleuve Saint-Laurent et, loin derrière, la ligne ondulée des Laurentides, il est facile de voir grand et de se fixer la ligne d’horizon pour but. De jeune hockeyeur fonceur et rassembleur à vice-président, Finances pour l’Amérique du Nord chez Uniboard Canada, Yvon Rousseau a vécu de nombreuses expériences, toutes enrichissantes et souvent surprenantes, qui l’ont mené sur trois continents et lui ont permis de mieux connaître des univers aussi variés que le soutien aux personnes handicapées et la foresterie. Et le plus beau, c’est que ces expériences ont toutes été souhaitées.

« La détermination serait ma marque de commerce, selon certains. En fait, je crois que lorsque nous avons une vision, il faut tout faire pour la concrétiser. Il y a bien sûr une part de chance, mais il faut aussi des efforts et des sacrifices. Mais surtout, il faut être ouvert à ce qui se présente », avance notre CMA. Enfant, Yvon Rousseau excellait en mathématiques, un talent qui ne s’est jamais démenti et qui l’a conduit avec le temps à s’intéresser au coût de revient. « L’aspect concret des choses m’a toujours attiré. Le choix d’étudier pour devenir comptable en management s’est imposé naturellement, parce que cela allait me permettre de faire exactement ce que j’aimais. »

Dès la fin de ses études, Yvon Rousseau revient dans sa ville natale et accepte le poste de contrôleur du Groupe Prosac, une petite manufacture de sacs de cuir qui aide les personnes handicapées à s’intégrer sur le marché du travail et dont il deviendra six mois plus tard le directeur général. Même si plus de 20 ans se sont écoulés depuis, Yvon Rousseau parle encore avec cœur de cette aventure. « C’était l’occasion d’une vie! Je pouvais faire grandir une entreprise en démarrage qui n’avait qu’un seul client et un seul produit. Et puis, la mission particulière de cette entreprise rejoignait une valeur très importante pour moi, c’est-à-dire donner aux personnes défavorisées, en retour de ce que la société me donne. »

« J’avais aussi la chance d’être guidé par les membres du conseil d’administration, des hommes d’affaires aguerris. Nous avons créé un maillage entre les personnes handicapées intellectuelles et physiques et diverses organisations; c’est ainsi que nous avons bâti une entreprise vraiment productive et socialement utile. » Lorsque Yvon Rousseau la quitte quatre ans plus tard, Prosac était devenue la plus importante manufacture de sacs de cuir au Québec. Entre-temps, il avait pu y faire valoir ses compétences de CMA dans tous les aspects qui touchent à la gestion d’une entreprise. « Que ce soit en comptabilité, en coût de revient, en analyse de rentabilité et en gestion des organisations, ma formation m’a énormément servi. »

Désireux d’apprendre l’anglais, Yvon Rousseau s’exile quelque temps à Toronto avant de venir s’établir à Québec, où deux belles histoires d’amour l’attendaient, l’une avec Price Waterhouse, pour qui il travaillera une dizaine d’années, et l’autre avec la femme de sa vie, Sophie Gauthier, qui étudiait alors en comptabilité. A-t-il essayé de « convertir » sa future épouse pour qu’elle devienne CMA plutôt que comptable agréée? En riant, Yvon Rousseau admet : « Oui, mais son idée était déjà faite. »

Chez Price Waterhouse, on confie au jeune CMA des mandats variés, tous liés à la consultation de gestion, notamment la gestion stratégique des coûts et la comptabilité par activité, et on l’envoie pour la première fois à l’étranger. Pendant deux mois, Yvon Rousseau séjourne en Nouvelle-Guinée, où il remplace le contrôleur d’ÉNELGUI, l’entreprise nationale d’électricité. Là-bas, ce n’est pas tant le travail qui l’a fait progresser, puisqu’il connaissait déjà bien la tâche, que la rencontre d’une culture toute nouvelle pour lui. « Le pays était en période électorale, et il n’était pas rare de voir des soldats mitraillette à la main. La nuit de la diffusion des résultats du vote, les gens célébraient dans la rue en tirant des coups de fusil… » Un vrai dépaysement, mais ce premier mandat à l’étranger l’ouvre encore davantage à la différence.

Après une petite fugue d’un an chez Deloitte & Touche, Yvon Rousseau revient dans le giron de Price Waterhouse. « À ce moment-là, en 1996, on commençait à travers le monde à transformer la fonction finance. Les vice-présidents en finances n’étaient plus des comptables traditionnels, mais des professionnels qui ont une vision globale de l’organisation et qui doivent disposer d’une information à la fine pointe, et rapidement. Nous examinions comment améliorer cette fonction, comment réduire ses coûts et l’automatiser, quels indicateurs de performance adopter. Nous avions l’avantage d’être une multinationale et de pouvoir appliquer le fruit de nos recherches chez nos clients. »

Toujours intéressé par les mandats internationaux, Yvon décroche un poste en Belgique. Et Sophie est cette fois du voyage. Des deux ans qu’ils ont passés à Bruxelles, Yvon Rousseau se rappelle, bien sûr, les bons repas et les voyages de fin de semaine dans les pays avoisinants, mais surtout sa complicité avec Olivier Lefebvre, alors président de la Bourse de Bruxelles. Sa tâche représentait tout un défi puisqu’il s’agissait de fusionner trois sociétés en une - qui allait devenir la nouvelle Bourse de Bruxelles - ce qui demandait, tout à la fois, diplomatie et leadership. « Comment faire en sorte que les trois entités ne forment plus qu’une organisation parfaitement intégrée, fusionnant les fonctions de trois entreprises indépendantes ? Je n’avais pas d’autre choix que de convaincre les personnes en cause, ce qui n’était pas une mince affaire. Nous avons lancé un vaste chantier divisé en dix projets : sélection du responsable des fonctions, alignement des processus et de la technologie. En un mot, il fallait une main de fer dans un gant de velours pour mener le projet à bien dans le respect des personnes et des différences culturelles entre Flamands et Wallons. »

Parlant de cette expérience comme l’une de ses plus belles, Yvon Rousseau est heureux d’avoir maintenu des liens d’amitié avec ses collègues du bureau belge et certains clients. Mais à cette époque, Price Waterhouse connaissait de grands changements, dont la fusion avec Coopers survenue en 1997. Devenus parents, Yvon et Sophie décident de revenir vivre à Montréal, Yvon acceptant le poste de responsable canadien de la fonction finance qui l’amène alors toutes les semaines au Texas. Voilà qui apparaît vite comme une contrainte, alors que la famille compte désormais deux enfants. Tout était en place pour provoquer un retour dans l’univers qu’il affectionne par-dessus tout : l’industrie manufacturière.

Au début des années 2000, Yvon Rousseau fait donc ses premiers pas dans une industrie qui connaissait déjà de grandes difficultés, celle de la foresterie. « Entré chez Domtar en tant que directeur des finances, j’ai fait la connaissance d’un gestionnaire hors pair qui m’a poussé à revoir mes façons de faire. Nous sommes allés au fond des choses pour comprendre tous les coûts d’une scierie, cerner ses faiblesses, décortiquer la stratégie d’investissements et analyser les projets de fusion. Sur le plan stratégique, ce furent deux années vraiment enrichissantes ! »

Sur l’avenir des scieries, Yvon Rousseau affiche un certain optimisme à moyen terme. « Au Québec, il existe beaucoup de petites entreprises en foresterie, et nous assisterons à d’autres fusions. Les prochaines années s’annoncent très difficiles ; il faudra attendre la relance économique aux États-Unis et l’écoulement des surplus d’abattage dans l’Ouest canadien pour voir une embellie. Nos entreprises devront aussi repenser complètement leurs modèles de production pour devenir plus performantes et plus concurrentielles, mais il est possible d’y arriver. »

Concurrence… Tiens, tiens, nous voici au cœur des préoccupations d’Yvon Rousseau depuis qu’il est à l’emploi d’Uniboard Canada. Cet important fabricant de panneaux et de revêtements de sols doit en effet composer tous les jours avec des difficultés d’approvisionnement et des clients états-uniens qui font eux-mêmes face à une Chine très productive. La réponse la mieux adaptée à cette conjoncture se trouverait-elle dans une nouvelle vision, environnementale celle-là ? « Je pense que les CMA ont une responsabilité à cet égard. Ce sont des leaders qui connaissent bien les systèmes de gestion et qui sont particulièrement bien informés. Ils peuvent donc jouer un rôle clé dans l’élaboration de nouveaux modèles de production plus en harmonie avec l’environnement. Je prends très à cœur mon rôle d’accompagnateur dans le virage qu’est en train de prendre Uniboard Canada pour créer des produits plus verts et tirer son épingle du jeu sur les marchés mondiaux. »

Bien malin celui qui pourrait prédire l’avenir, mais une chose est sûre. De l’Afrique à l’Amérique du Nord, en passant par l’Europe, dans la tourmente comme dans la constance, l’horizon n’est jamais bien loin pour Yvon Rousseau.

 

L’autre Yvon Rousseau

Le miracle qu’il voudrait accomplir
Après avoir vu la souffrance des enfants en Afrique, éradiquer la faim dans le monde.

Le don qu’il aimerait posséder
Lui qui n’a pas de voix, Yvon Rousseau a toujours rêvé de chanter.

Le geste qui fait sourire les autres
Quand il plisse le nez, on comprend instantanément qu’il n’est pas d’accord. Autrement dit, son nez parle pour lui !

L’objet auquel il est le plus attaché
Une petite chaise berçante en bois qui appartenait à sa mère, dans laquelle lui-même s’est bercé comme le font aujourd’hui ses enfants.